Le carnaval de Rio, instrument de propagande pour les dictatures ? Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la Guinée équatoriale, petit pays pétrolier d’Afrique centrale, est le tout nouveau roi d'une des plus célèbres fêtes populaires de la planète, qui s’est achevée mercredi.

Au pouvoir depuis 1979, le vieux dictateur de 71 ans a vu triompher «son» école de samba, Beija Flor («colibri»), sacrée – pour la treizième fois – championne du carnaval. Obiang s’est payé la prestigieuse formation pour la bagatelle de 10 millions de réals (3 millions d’euros), un record dans le milieu selon O Globo, le grand journal de Rio qui a révélé l’affaire le 11 février. En échange, Beija Flor a accepté d’exalter la Guinée équatoriale, mais «sa culture, pas son gouvernement», martèle Fran-Sérgio, directeur artistique, pourtant convaincu que les Equato-Guinéens«adorent leur Président»…

Si, dans les années 70, Beija Flor louait sans complexes les «grandes réalisations»de la dictature militaire brésilienne (1964-1985), aujourd’hui, la prudence est de mise. D’autant qu’officiellement, les fonds ne viennent pas du régime de Malabo, mais plutôt d’entreprises brésiliennes installées sur place. Une explication qui ne trompe personne.

Présenté comme unkleptocrate sanguinaire par les associations de défense des droits de l’homme, le président Obiang était présent sur le Sambodrome, l’avenue où se tient le défilé, dont il est un habitué de longue date. Fan de Beija Flor, il avait déjà fait venir l’école pour se produire en son pays. C’est Teodorin, son play-boy de fils et vice-président, qui lui aurait donné l’idée de ce surprenant patronage pour gagner les faveurs de la danseuse vedette de la formation. Rien de très politique dans tout ça, donc …

A Rio, c’est la richesse du défilé qui fait le gagnant. Et Beija Flor n’a pas lésiné sur les moyens. Le luxe inoui des costumes et autres chars allégoriques a pesé autant que la virtuosité technique. L’école a frôlé la note maximale, tandis que sa concurrente qui rendait hommage à Nelson Mandela était à la traîne en sixième place … Les jurés ne se sont donc pas émus des largesses d’un dictateur.

Mais fallait-il vraiment s’en étonner ? interroge un éditorialiste, qui souligne l’emprise du crime organisé sur le carnaval, et cela «avec la bénédiction de l’Etat».La plupart des écoles de samba, Beija Flor en tête, sont en effet aux mains desbicheiros, les parrains des jeux clandestins, une mafia redoutable.

Plus récemment, des entreprises sont entrées en lice pour financer les écoles. Même des Etats mettent la main à la poche, mais jamais encore une dictature. Sur les réseaux sociaux, l’humour brésilien est caustique. «A quand l’hommage de Beija Flor à l’Etat islamique ?» interpelle en substance le site humoristique Sensacionalista.